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jeudi 20 mars 2008

Collection Alan Stivell part.2 (Keltia III/Harmonia Mundi)

Comme promis, voici les trois autres albums de Alan Stivell remastérisés et distribués par Harmonia Mundi. Ces trois albums présentent chacun une façade de la personnalité musicale du musicien breton. En effet, Terre des vivants date de 1981 mais montre déjà l’attachement de Stivell pour les expérimentations musicales. L’album se distingue par ses tonalités électroniques et par l’emploi de la langue française, sa langue maternelle. 1 Douar date de 1998 et souligne une valeur que Stivell a toujours véhiculé à travers sa musique, à savoir l’universalité de ses paroles. Pour l’occasion, il s’entoure de plusieurs personnalités de la musique world, notamment Youssou N’Dour et Khaled. Enfin, paradoxalement, l’année 2000 marque le retour de Alan Stivell vers ses racines et vers une musique celtique plus authentique avec l’album Back to Breizh. Un nom parfaitement adapté tant le chanteur clame son amour pour la Bretagne.
Terre des vivants (1981) déconcertera de nombreux auditeurs dès les deux premiers titres. En effet, « Terre des vivants » et « Rentrer en Bretagne » sont chantés en français et le phrasé du chanteur associé à une musique expérimentale un peu plate laisse un peu perplexe. Heureusement, les choses s’arrangent avec le long titre « Beg ar van » qui relate les événements de Plogoff. Véritable hommage au peuple du « bout du monde » qui sut se battre contre l’implantation d’une centrale nucléaire sur ses terres à la fin des années 70, le titre marque et touche grâce au chant rageur et sincère de Stivell. Mais « ‘Raok mont d’ar skol » nous rappelle à quel point certains titres peuvent très mal vieillir. Sur ce titre, Stivell nous joue une musique teintée d’électronique qui reste assez inaudible. La fin de l’album est de meilleure qualité. Stivell enchaîne des morceaux courts et variés assez réussis. Les deux « androïdes » nous livrent un rock celtique ciselé et efficace. Ensuite, Stivell rend hommage au peuple écossais à travers « Hidden through the hills » et l’instrumental « Cameronian rant ». Saluons pour finir le très entraînant « Q-Celts fiesta » dans un style dont seul Alan Stivell a le secret. Vous l’aurez compris, Terre des vivants ne fait pas partie des meilleurs albums de Stivell et son écoute n’est à conseiller qu’aux inconditionnels de l’artiste breton.
En 1998, Alan Stivell sort son album 1 Douar, ce qui signifie une terre. Un titre qui symbolise bien les opinions de l’artiste breton tant Stivell a toujours cherché à mettre en valeur dans sa musique l’universalité de sa pensée et de ses idées. Un album aux sonorités world évidentes qui fait le point sur les influences et les rencontres de l’artiste. 1 Douar s’impose comme un réquisitoire pour la paix et l’amour entre les peuples et ouvre une nouvelle voie pour le millénaire à venir, une manière de balayer toutes les horreurs du siècle passé. Une manière de faire avancer aussi la cause des peuples et langues minoritaires en réclamant une plus grande tolérance. Les collaborations les plus détonantes sont sans aucun doute les duos avec Khaled et avec Youssou N’Dour. Avec ce dernier, le duo prend une tonalité world surprenante et pourra déconcerter l’amateur de musiques celtiques. Après plusieurs écoutes, l’alchimie devient pourtant évidente, le breton s’adaptant au wolof et inversement. De la même façon, les duos avec Khaled distillent un parfum d’orient et contribuent à cette magnifique fusion des genres.
En revanche, l’esprit celtique plane tout de même sur cet album grâce à la présence de Paddy Moloney, le leader des Chieftains, pour un vibrant hommage au barde breton Glenmor et la présence du leader de Simple Minds, Jim Kerr, pour un magnifique « Scots are right ».
Mais cette abolition des frontières n’est pas seulement géographique, elle est aussi générationnelle grâce au duo avec les Sœurs Goadec (« La mémoire de l’humain »).
Même si musicalement 1 Douar n’est pas forcément un grand album, il est d’une sincérité absolue et atteint un idéal que s’était fixé l’artiste breton. Un quête que Stivell résume avec ces quelques mots : « Les frontières sont maintenant déjà fossiles, comme le sont leurs derniers gardiens ».
L’année 2000 marque le retour de Alan Stivell aux sources (après la parenthèse world de 1 Douar) avec cet album très justement nommé Back to Breizh. Un album sincère où l’artiste breton chante son identité et son patrimoine avec beaucoup de talent. Dès « Vers les îles et villes de verre », Stivell rend hommage, avec une énergie bienvenue, à la péninsule armoricaine, la terre de ses grands parents où il regrette de ne pas avoir vécu. Ainsi, après les quelques expérimentations électroniques des albums précédents plus ou moins réussies, Stivell revient à des musiques percutantes et énergiques. Le phrasé et chant de l’artiste sont tout autant réussis et les paroles font mouches. L’artiste breton rêve toujours d’une Bretagne fière de sa culture, de sa langue et de son pays « Rêve ». Il condamne les assoiffés d’argent « Ceux qui sèment la mort », un morceau d’anthologie sur lequel on notera la présence de scratch qui colle parfaitement à l’atmosphère du morceau. Il exhorte les bretons à aller de l’avant sans se soucier de la capitale tentaculaire « Back to Breizh ». De plus, l’album renferme quelques instrumentaux dont seul Stivell a le secret, notamment l’excellent « Rock harp ».
L’artiste rendra lui aussi un bel hommage à la mer d’Iroise avec un morceau sobre comme son titre « Iroise ». Enfin, pour être complet, saluons le magnifique « Arvor-you » où une flûte entêtante vient renforcer l’énergie obsédante du titre.
L’album se clôt avec deux grands succès de Stivell, à savoir « Brian Boru » et « Armoricaine (suite) » dans des versions chantées en français. Une façon de les appréhender différemment, leur message devenant compréhensible par un plus grand nombre. Au final, l‘album s’avère très engagé et démontre toute la hargne de notre chanteur breton.
A la lumière du temps, Back to Breizh s’affirme définitivement comme un des meilleurs albums de Alan Stivell, preuve que certains artistes peuvent faire des albums de qualité tout au long de leur carrière.
http://www.alan-stivell.com/

samedi 29 décembre 2007

Collection Alan Stivell part.1 (Keltia IIII/Harmonia mundi)

Le label Harmonia mundi continue sa tache titanesque mais ô combien salutaire de rééditer la discographie de Alan Stivell, le père fondateur de la musique celtique moderne, dans des versions remastérisées. Ce travail avait été commencé en 2005 avec la sortie de 4 albums : In Dublin, Symphonie celtique, Again et Brian Boru. Aujourd’hui, c’est six nouveaux albums qui viennent enrichir cette collection : Terre des vivants, Legend, The mist of Avalon, 1 Douar, Back to Breizh et Au-delà des mots. L’occasion de se replonger dans l’incroyable diversité de la musique de Alan Stivell avec des albums qui bénéficient d’un son de grande qualité et de pochettes revues et clarifiées. Ce qui frappe avant tout lorsqu’on considère l’intégralité de la musique de Stivell, c’est ses allers retours incessants entre diverses musicalités, la musique celtique n’étant que le trait d’union d’un univers musical bien plus vaste où les frontières ne sont pas celles qu’ont imposées les Hommes. En premier lieu, nous nous intéresserons à trois de ces six albums, à savoir Legend, The mist of Avalon et Au-delà des mots. J’ai choisi ces albums pour leurs références plus ou marquées à l’imaginaire. En effet, Legend (1983) propose de s’évader dans la mythologie celtique et bretonne à travers de nombreux titres oniriques. The mist of Avalon (1991) s’attaque à la légende arthurienne, mythe celtique par excellence qui rayonna à travers l’Europe et continue d’enflammer l’imagination de nombreux auteurs modernes voire de scénaristes télé (cf. Kaamelott). Alan Stivell se devait de consacrer un album entier à tout ce cycle d’aventures. Enfin, Au-delà des mots (2002) marque le retour de Stivell vers une musique instrumentale plus intimiste, essentiellement joué à la harpe celtique, instrument onirique par excellence, cet instrument qu’il affectionne tant. Le plus cohérent étant de respecter l’ordre chronologique pour ces chroniques, nous allons commencer par l’album Legend.
Cet album a été pensé par Stivell comme une descente dans la mythologie celtique à travers des thèmes oubliés mais universels. Peut être cette pierre du Cairn de Gavrinis que l’on voit dériver dans l’espace sur la pochette joue t-il le même rôle que le mégalithe noir de « 2001, l’odyssée de l’espace ». Source d’inquiétude et d’interrogation, il joue un rôle essentiel dans l’avenir du monde, tout comme la culture celtique à travers sa dimension fédératrice. Legend contient 15 morceaux mais est divisé en 3 parties. La première partie correspond à la musique composée par Alan Stivell pour le film de Monique Enckell, « Si j’avais 1000 ans ». Une musique évanescente et mystique pour soutenir l’intensité des images. La partie 2 n’est composé que de 2 titres mais le morceau « Imran Brain » présente la particularité d’être chanté en gaélique du haut Moyen Age. Un morceau qui témoigne de la volonté de Stivell de se rapprocher le plus possible des fondements de la culture celtique. La partie 3 est tout aussi ambitieuse puisqu’elle se propose de raconter en 7 morceaux l’arrivée des Tuatha Dé Danann, le peuple mythique d’Irlande. Le premier morceau « Les peuples dieux de Dana », sonne très asiatique notamment grâce à l’utilisation d’un orgue à bouche indonésien, preuve que Stivell s’ouvre à toutes les cultures pour raconter cet épisode de mythologie celtique. Les instrumentaux suivants, limpides et oniriques, dépassent les mots pour conter cette histoire, les accords de harpe se suffisant pour emmener l’auditeur sur les terres de l’Irlande mythologique.
Avec The mist of Avalon, Alan Stivell s’attaque à un monument de la culture celtique, la légende arthurienne. Fruit d’un travail commencé au milieu des années 1980, l’album sort en 1991. Ce qui frappe à son écoute, c’est sa tonalité pop celtique universel avec ses chansons chantées souvent en anglais et ses mélodies accrocheuses. On remarquera aussi que le titre de l’album fait référence au roman de Marion Zimmer Bradley, The mists of Avalon, paru en 1983 et qui proposait la relecture du mythe arthurien à travers les personnages féminins de la légende. Stivell nous convie donc dans son épopée arthurienne à revivre à travers la musique, les émotions et les aventures de nos héros. Pour ce faire, le compositeur breton utilise de nombreux instrumentaux, laissant ainsi la musique pénétrer l’auditeur et laissant faire son imaginaire pour faire vivre cette histoire sans parole (« Morgan », « La blessure d’Arthur »). Parmi les chansons, on appréciera les titres « La dame du lac » et « Guenièvre », deux très bons morceaux chantés en anglais et en breton avec une voix féminine sublime qui vient parachever ces deux petits bijoux de pop celtique. Pour son inspiration, les sources de Stivell sont diverses et parfois surprenantes puisque le morceau « Strink ar Graal » provient d’une inspiration de Francis Lalanne. Pour le reste, on trouvera notamment des emprunts au célèbre barde Taliesin, au Mabinogion et à l’incontournable Barzaz Breiz.
Malgré la réussite de The mist of Avalon, on regrettera que Alan Stivell n’ait pas plus puisé dans les racines celtiques pour conter cette aventure immémoriale malgré l’effort effectué avec le titre « Le chant de Taliesin » puisque ce morceau est chanté dans la langue parlée au temps du roi d’Arthur.
En 2002, Alan Stivell célèbre le cinquantenaire de la harpe celtique un peu en avance (il a eu lieu « officiellement » en 2004) avec la sortie de cet album entièrement instrumental intitulé Au-delà des mots. Alors qu’on aurait pu penser voir Stivell s’embarquer vers une musique celtique expérimentale pour ce nouveau millénaire, l’artiste breton préfère revenir aux sources et livrer 30 après Renaissance de la harpe celtique, un album dédié à son amour de toujours : la harpe celtique. Il faudra finalement attendre Explore en 2006 pour voir revenir Stivell à des expérimentations électroniques. Au-delà des mots s’affirme donc comme un album intimiste où le titre traduit très bien la vision ineffable de la musique de Stivell. Cette dernière étant assez « pure » pour transmettre les émotions qu’elle veut véhiculer. Cette transgression des frontières entre la musique et les paroles prend aussi son sens géographiquement. La pochette, tout d’abord, nous montre un océan onirique s’étendant à perte de vue. Puis, les morceaux contribuent à affirmer ce caractère à travers des morceaux comme « La Celtie et l’infini » (en 3 parties) et le néo-triskell de Stivell « La harpe, l’eau et le vent » (en 2 parties) où la harpe, l’eau et le vent viennent remplacer la terre, l’eau et le feu. Signalons aussi le morceau « Bleimor : le bagad » assez déconcertant dans sa conception mais qui s’avère une réussite. Enfin, mentionnons « Harpe atlantique », le morceau explosif de l’album qui démontre une véritable dextérité et une formidable vitesse d’exécution de la part de Stivell. Un morceau qui sera d’ailleurs repris par Rhapsody comme interlude sous le titre « Elnor’s magic valley » sur l’album Rain of a thousand flames.
Certes, Au-delà des mots est un album plus difficile d’accès que la majeure partie des titres de sa discographie mais la pureté des accords de Alan Stivell mérite que l’on prête une oreille très attentionnée à cet album. Une vison de la musique et de la culture celtique parfaitement résumée par ces quelques mots issus du livret : « La harpe, l’eau, le vent, au-delà des mots, résonance infinie vers l’harmonie ».
S'il existe des gens qui ne connaissent pas Alan Stivell (mais j'espère que cela n'existe pas), voici le myspace :