jeudi 14 juin 2007

Mediavolo "A secret sound"(Kalinkaland)

Ne vous y trompez pas, Mediavolo n’est pas un groupe médiéval. Leur style est plutôt la pop éthérée dans la plus pure tradition 4AD. On pensera immédiatement au Cocteau Twins tant la voix de Géraldine ressemble à celle d’Elizabeth Fraser (pour les plus jeunes ou les incultes, c'est la chanteuse de Cocteau Twins qui chante sur le "Teardrop" de Massive Attack). Ce sentiment sera très fort sur le titre « Mass Anasthesia », véritable perle de l’album. Mais le reste des productions n’a pas à pâlir de ce titre tant les compositions sont soignées et efficaces. Pour ce 3ème album A secret sound, le groupe brestois nous livre un son hypnotique parfois cold wave ou cold rock mais toujours avec une sensation de mélancolie. A coup de piano aérien, de guitares hypnotiques et de nappes planantes jusqu’à saturation, Mediavolo dépeint un monde envoûtant dominé par un brin de nostalgie et de mélancolie (« Resolve » ; « Death & the city »). Parfois, le son se fait plus énervé et énergique (« Human & live » ; « Misunderstanding ») mais c’est toujours la même impression qui ressort. La voix de Géraldine est tout simplement parfaite pour ce genre de compositions, se déplaçant comme une ombre cristalline pour nous élever vers le ciel « A secret sound ». Un album frais qui ravira vos moments de rêveries solitaires.
A noter que Mediavolo se produira le 22 juillet durant les semaines arthuriennes avec un set que l’on nous promet inhabituel et surtout durant la fameuse nuit des fées organisée le samedi 29 septembre 2007 par le label Prikosnovénie à Clisson.

mardi 12 juin 2007

Ez3kiel "Naphtaline" (Jarring effects/ Pias)

Le trio tourangeau Ez3kiel souvent classé abusivement dans la scène dub nous livre un surprenant projet multimédia intitulé Naphtaline. Attardons nous d’abord sur la forme car le coffret qui recouvre les précieuses galettes est doté d’une pochette magnifique, illustration complexe et énigmatique, véritable prélude à l’univers onirique et mystique qui nous attend. Les précieuses galettes ? Oui, car le coffret comprend un cd audio et un dvd hybride rom/vidéo. En effet, Ez3kiel qui a toujours accordé une grande place au visuel crée ici une osmose parfaite entre la musique et les images, le dvd-rom proposant des tableaux crées par le bassiste du groupe Yann Nguema sur lesquels la musique vient se greffer. Le cd audio correspond donc à la BO de cet univers singulier qui se veut tour à tour onirique, mystique, fantastique, inquiétant, complexe, mélancolique et poétique. Le spectateur se perdra dans chaque tableau sur lequel il agit directement grâce à sa souris, modifiant les éléments, la musique et le graphisme. Un projet d’une grande originalité donc qui propose de surcroît un paramètre intéressant, l’interactivité. Mais si le graphisme est somptueux, que dire de la musique. Les titres de Naphtaline sont merveilleux emplis d’une poésie et d’une sensibilité incroyable. On rentre dans Naphtaline comme un cow boy solitaire dans un film de Sergio Leone « Volfoni » puis les ténèbres nous rattrapent déjà « Subaphonic ». On sent que nous avons basculés dans un monde étrange qui n’a plus de frontières. Les rues sont désertes et froides « Naphtaline » et soudain un pantin mécanique surgit au détour d’une ruelle « Le lac des signes ». Alors déjà, avec un sentiment d’amertume on regrette le passé « Derrière l’écran ». Au lointain, on entend toujours ce même air répétitif et un sifflement étrange« Exebecce ». Depuis, chaque saison, je n’entends plus que ce piano fantomatique qui m’oppresse « Leopoldine ». Mais surtout, c’est lorsque vient l’hiver rigoureux que, regardant les flocons tomber, ce piano m’obsède le plus. Il vient me hanter même la nuit et m’emmène dans un monde que j’ai autrefois connu « Mon plus beau cauchemar ».
Les morceaux souvent sombre, mélancolique et inquiétant auraient pu servir pour une bande originale d’un film de Dario Argento ou pour décrire l’univers si particulier de Lovecraft. En 53 minutes, la musique d’Ez3kiel parvient à faire transmettre les émotions qu’elle véhicule et après tout, n’est ce pas ce qu’on demande à la musique ?

Ataraxia "Kremasta Nera" (Ark records)

En grand amateur de civilisations disparues, le groupe Ataraxia nous livre dans son dernier album Kremasta Nera la suite de Lost Atlantis paru 1999. Partons donc sur l’île de Samothrace où la puissance de la déesse blanche règne. Suivons la voix de la grande prêtresse de cette île, j’ai nommé l’oracle, l’incarnation de la déesse, Francesca Nicoli. Sa voix se fait l’écho sans retour des restes d’un monde enfoui avec ses secrets. Un univers dévasté qui jamais ne renaîtra, terrassé par le monothéisme et les rites modernes de l’homme. La prêtresse nous emmène dans un univers très ésotérique sur les traces de l’initiation aux mystères de cette civilisation. Nous y découvrirons des cérémonies païennes et des rituels très anciens (« The song of axieros », « Ebur »). On sera agréablement surpris par le chant apocalyptique en français de toute beauté « Ochram » et par la mélodie au piano de « Wings (I had once) ». Des sonorités orientales ou de la Grèce antique apparaîtront au gré de notre voyage initiatique (« Therma », « Kaviria », « Klethra »). Le titre final « La fame e la danza » empli de tristesse, nous montrera l’attachement de la prêtresse à cette terre sacrée, une terre qui disparaîtra à jamais quand le 14ème titre de cet album se sera achevé. Kremasta Nera est placé sous le signe de la mythologie antique mais abordée différemment que la formation grecque Daemonia Nymphe. Ataraxia parvient une fois de plus à s’approprier un univers et à le restituer avec finesse et émotion, un album qui nous convie jusqu’à l’ataraxie.

mardi 29 mai 2007

Fairy world 3 (Prikosnovénie)

Le label Prikosnovénie nous livre le 3ème volet de ses Fairy World. Grâce à cette série, Prikosnovénie nous offre pour un prix dérisoire (2 euros) un aperçu de l’actualité du label. En effet, la compilation permet de découvrir les nouveautés Prikosnovénie ainsi que de nombreux titres inédits (10 morceaux sur 18), prélude souvent aux futures sorties. Un voyage musical à travers les continents et les styles musicaux puisque l’on voyagera de la Bulgarie à l’Inde en passant par la Grèce antique ou le Burkina Faso. Ainsi, cette nouvelle livraison permettra de découvrir les sorties récentes du label avec 2 titres du groupe parisien Antrabata mais surtout grâce à «The long shadow » de Collection d’Arnell Andrea et à « Daemonos » de Daemonia Nymphe, les retardataires auront un aperçu des chef d’œuvres que nous ont livrés la formation orléanaise d’une part et la formation grecque d’autre part. On notera aussi la présence de Maple Bee et de Misstrip qui font toujours l’actualité du label. Concernant les inédits, le morceau d’Irfan « Simurgh », dans la pure tradition du groupe permettra de patienter jusqu’au prochain album prévu pour octobre 2007. On se délectera aussi du merveilleux morceau « Entrelacs » composé par les bretonnes d’Artesia où le violon tient une place importante. Un instrument que le violoniste Tchèque Ivo Sedlacek sait mettre à l’honneur puisque son « Akasha » est une véritable source d’apaisement, un voyage profond qui clôture à merveille cet album. Parmi les nouveaux artistes, on appréciera la fougue du groupe tourangeau onze h30 avec 2 titres qui dégagent une énergie bienvenue. La présence de l’artiste Amadou Sanfo en provenance du Burkina Faso avec un titre possédant un charme et une sensibilité irrésistible montre l’intérêt de Prikosnovénie de se tourner vers l’Afrique, un continent vers lequel le label s’est pour l’heure peu dirigé. Signalons aussi la présence sur Fairy world 3 de Secret Vibes, Mediavolo, Hallucinations, Sharon Lewis (une artiste possédant une voix magnifique et découverte par Maple Bee), PinkNRuby ainsi que d’un remix de Moon far away par Lys. Avec sa série Fairy World, le label Prikosnovénie est en train de bâtir une anthologie de la musique féerique. En plus d’être la compilation idéale pour tous ceux qui voudraient découvrir le label, Fairy World est un évènement incontournable pour tous les passionnés qui guettent dans chaque compilation les futurs artistes qui les accompagneront dans leurs prochains moments de rêveries.

Stone Age "Totems d'Armorique" (Keltia musique)

Après une longue absence (6 ans), le groupe Stone Age revient avec un nouvel album intitulé Totems d’Armorique. Il y a toujours un risque avec ce genre de groupe qui a marqué la décennie précédente de revenir sur le devant de la scène, surtout quand musicalement on innove beaucoup comme Stone Age. Heureusement, Totems d’Armorique s’avère une réussite. S’inspirant toujours de la musique celtique, cet opus part sur les traces des indiens d’Armorique avec toujours des chants en breton, français et anglais. La diversité est aussi musicale avec des titres tantôt issue du répertoire traditionnel comme le magnifique morceau « Menez an Indian Koz » et tantôt plus moderne comme les titres chantés en anglais par Janet Woollacott qui sonnent plus Pop. Certains titres sont plus audacieux dans leurs constructions, c’est le cas de « Organik Reel », morceau très dansant sur lequel on notera la présence de scratch et qui nous transporte vers le futur. Les morceaux chantent l’amour de la Bretagne et ravivent les temps anciens, le morceau final « Y’a foule sur île » amène d’ailleurs une touche joyeuse très appréciée. Le groupe a même réussi à capturer une voix de Lutin disséminée tout au long de l’album. Au final, Stone Age nous offre un album très plaisant, d’une grande diversité où les sonorités celtiques se mélangent aisément aux sons plus modernes.

samedi 19 mai 2007

La nuit des fées

Le fameux label Prikosnovénie, référence de la musique féerique organise le samedi 29 septembre dans la cité médiévale de Clisson (44) une nuit des fées. L'occasion de retrouver de nombreux artistes dont la formation orléanaise Collection d'Arnell Andréa qui nous servira son cold rock dans une version accoustique, le violonniste tchèque Ivo Sedlacek et sa musique mystique et comtemplative et le groupe brestois Mediavolo et sa pop éthérée. PinkNRuby, François Caspari et Amadou Sanfo complète le tableau de cette belle programmation. Notons aussi la présence de conteurs et de nombreux stands dédiés à la culture féerique.
http://www.prikosnovenie.com/indexk.shtml

mardi 8 mai 2007

Daemonia Nymphe "Krataia Asterope" (Prikosnovénie)

Daemonia Nymphe est un groupe précieux pour les amateurs de musique historique et de mythologie grecque. En effet, ce groupe grec s’évertue à diffuser la musique grecque antique en se l’appropriant grâce à une reconstitution fidèle des instruments de l’époque et grâce à une bonne dose d’imagination concernant les musiques. L’ensemble forme un tout cohérent. Ce nouvel opus intitulé Krataia Asterope est d’ailleurs le plus aboutit. Daemonia Nymphe ramène à la vie la glorieuse civilisation hellène et rend hommage à sa mythologie et à ses nombreux dieux. Leur musique est si évocatrice que son écoute remplit notre imaginaire de visions de rituels païens, de temples, de côtes ensoleillés et de combats épiques. Toute l’âme de la Grèce antique se répand le temps de ces 11 titres. On regrettera d’ailleurs que les réalisateurs de films sur l’antiquité ne pensent pas à ce genre de groupe pour renforcer la force des images (on peut faire la même remarque pour les films sur le Moyen-Âge). Les compositions sont subtiles et très travaillées avec une vraie recherche de complémentarité des voix masculines et féminines pour un rendu parfois manichéen comme sur le titre « Krataia Asterope » et son final épique et dantesque, sûrement le meilleur morceau de l’album. Parfois, c’est la face sombre qui émerge « Nocturnal hekate » ou « Daemonos », véritable incantation païenne desservie par une rythmique imparable. Mais la lumière n’est jamais loin pour nous éblouir de sa clarté et de sa limpidité et l’on comprend grâce au sublime « Sirens of Ulysses » la difficulté des marins à s’éloigner de ces dangereux rivages et de leurs tentatrices. Les instruments d’époque confèrent un onirisme certain et contribuent en grande partie à la qualité de ce voyage musical. Daemonia Nymphe n’a certes pas beaucoup de concurrence dans ce style musical mais ce groupe est incontestablement le plus doué et son Krataia Asterope est un chef d’œuvre qui n’a décidément qu’un défaut, sa durée (seulement 36 minutes 39).