37 ans de carrière et pourtant ce nouvel album intitulé Abysses marque une première. En effet, c’est le premier album dont les paroles et musiques sont 100% Tri Yann. Abysses se veut la suite (et fin) du diptyque consacré à la mer commencé par le précédent album de Tri Yann, Marines, sorti en 2003. Cet opus faisait suite à l’album Le Pélégrin sorti en 2001 et remarquable pour sa grande qualité et ses compositions très abouties, preuve en est s’il le faut que Tri Yann continue de jouer une musique de qualité. Alors que Marines chantait les évènements se déroulant sur les flots, Abysses, lui, s’intéresse aux fonds marins. A ce titre, la pochette présente, de manière humoristique, une boîte de pâté Hénaff au fond de la mer bretonne. Musicalement, on reconnaît le style Tri Yann, notamment sur un titre comme « Dans la lune au fond de l’eau » qui s’avère fédérateur et entraînant. Le premier titre « Gloire à toi Neptune ! » se démarque par sa programmation qui lui donne un son électro. Sur «La solette et le limandin », on retrouve des influences médiévales que l’on retrouvera plusieurs fois sur l’album (sur « Bransle des murènes » par exemple, chanté en latin) grâce en partie à l’utilisation d’instruments comme le Cromorne ou la Chalemie. On retrouvera bien évidemment, étant donné le thème de l’album, une chanson chantée en breton sur la ville d’Ys « Lorc’hentez Kêr Is ». Le ton se fera ensuite plus mélancolique pour aborder un sujet grave, à savoir les misères et les ennuies d’une petite sirène (« Petite sirène »). Tri Yann abordera aussi un épisode peu connu de l’histoire de la seconde guerre mondiale, le drame du Lancastria (« Lancastria ») avant de nous livrer un instrumental endiablé (« Tir-fo-tonn »). L’album se finit mystérieusement par une plage de 6 minutes 38 où l’on semble plonger dans les fonds marins. Une bien belle façon de conclure ce bon album qui conjugue un thème fédérateur à une créativité musicale intacte.Site officiel :http://edoll.free.fr/





Elend est un duo franco-autrichien fondé en 1993 par Iskandar Hasnawi et Renaud Tschirner. Au fil de leurs carrières, de nombreux membres sont venus se greffer à ce groupe unique. Elend délivre une musique orchestrale puissante et dark qui surprend par son aspect grandiose sans tomber dans le grandiloquent. Après avoir consacré un cycle de 4 albums à l’Office des Ténèbres, Elend voulait consacrer 5 albums à son nouveau cycle : Le cycle des vents. Finalement, A world in theirs screams est le troisième et dernier album de ce cycle puisqu’il le clôture. Une narration en français, sombre, ténébreuse et élégante a été choisie. L’écriture est de nouveau tourmentée et nihiliste. On pensera parfois à l’univers Lovecraftien dans sa description de « l’autre monde » mais c’est surtout aux enfers de la mythologie grecque que les références sont les plus nombreuses. On trouvera notamment plusieurs passages de l’album chantés en grec ancien dont le premier morceau « Ophis Puthôn » qui nous plonge dans l’abîme du temps. Lors de cette descente aux enfers, on peut imaginer ce que fut l’épreuve de nos prédécesseurs, Orphée ou Héraclès, pour rejoindre le royaume d’Hadès et de son épouse Perséphone. Une ambiance poisseuse et oppressante nous guide jusqu’à Charon où le vieillard nous fera traverser le Styx à l’aide de sa barque. Des sons venues d’ailleurs tour à tour, expérimentaux, évanescents ou apocalyptiques grâce aux cordes stridentes ou aux percussions martiales suffisent à renforcer ce caractère de malaise. « Malheur aux hommes de bien car ils seront les esclaves d’esclaves » ou « Je fis offrande à Perséphone de cette veine pleine d’un sang si noble » sonnent comme des échos sans retour d’un monde où la fin des temps est proche. Borée, le vent du nord dans la mythologie grecque, dans le morceau éponyme connaîtra son heure de gloire, la musique devient puissante et les multiples cries suffisent à effrayer les survivants. Le souffle glacial du nord suffit à répandre le chaos.