vendredi 16 novembre 2007

Tri Yann "Abysses" (Marzelle/Sony Bmg)

37 ans de carrière et pourtant ce nouvel album intitulé Abysses marque une première. En effet, c’est le premier album dont les paroles et musiques sont 100% Tri Yann. Abysses se veut la suite (et fin) du diptyque consacré à la mer commencé par le précédent album de Tri Yann, Marines, sorti en 2003. Cet opus faisait suite à l’album Le Pélégrin sorti en 2001 et remarquable pour sa grande qualité et ses compositions très abouties, preuve en est s’il le faut que Tri Yann continue de jouer une musique de qualité. Alors que Marines chantait les évènements se déroulant sur les flots, Abysses, lui, s’intéresse aux fonds marins. A ce titre, la pochette présente, de manière humoristique, une boîte de pâté Hénaff au fond de la mer bretonne. Musicalement, on reconnaît le style Tri Yann, notamment sur un titre comme « Dans la lune au fond de l’eau » qui s’avère fédérateur et entraînant. Le premier titre « Gloire à toi Neptune ! » se démarque par sa programmation qui lui donne un son électro. Sur «La solette et le limandin », on retrouve des influences médiévales que l’on retrouvera plusieurs fois sur l’album (sur « Bransle des murènes » par exemple, chanté en latin) grâce en partie à l’utilisation d’instruments comme le Cromorne ou la Chalemie. On retrouvera bien évidemment, étant donné le thème de l’album, une chanson chantée en breton sur la ville d’Ys « Lorc’hentez Kêr Is ». Le ton se fera ensuite plus mélancolique pour aborder un sujet grave, à savoir les misères et les ennuies d’une petite sirène (« Petite sirène »). Tri Yann abordera aussi un épisode peu connu de l’histoire de la seconde guerre mondiale, le drame du Lancastria (« Lancastria ») avant de nous livrer un instrumental endiablé (« Tir-fo-tonn »). L’album se finit mystérieusement par une plage de 6 minutes 38 où l’on semble plonger dans les fonds marins. Une bien belle façon de conclure ce bon album qui conjugue un thème fédérateur à une créativité musicale intacte.
Site officiel :http://edoll.free.fr/

lundi 12 novembre 2007

Old Blind Dogs "Four on the floor" (Compass records/Keltia musique)

Les vieux chiens aveugles (Old blind Dogs) reviennent avec un nouvel album intitulé Four on the floor. Comme d’habitude, le quatuor écossais rend un bel hommage aux mélodies celtiques grâce à 12 morceaux qui nous baladent sur les terres de Keltia. Des gavottes bretonnes (« Breton ») aux airs galiciens (« Danza do Liño » présent sur le titre « Jigs ») sans oublier un magnifique chant en gaëlique («Beinn A’Cheathaich »), c’est tout un pan de la musique celtique qui parvient à nos oreilles. On trouvera sur cet album quasiment autant d’instrumentaux (souvent entraînant à souhait « Harris Dance ») que de chansons. La fin d’album se laisse aller à une certaine nostalgie puisque l’on retrouve des classiques de Old Blind Dogs comme « Braw Sailin » et surtout « Bedlam Boys/The rights of man », un titre explosif porté par un chant magnifique révolté. L’album se finit par deux titres live, à savoir le fabuleux « Branle », une branle écossaise de toute beauté, hypnotique et incantatrice qui fait songer à certains airs du centre de la France, et le titre « The Bonnie Earl O Moray ». Four on the floor diffuse une musique de qualité qui ravira tous les amateurs de musiques celtiques, d’ailleurs ce n’est pas un hasard si Old Blind Dogs vient d’être nominé pour la finale des Scots Trad Music Awards dans la catégorie « Best folk band ».
http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendid=71181876

vendredi 9 novembre 2007

Ewen Delahaye Favennec "Tri men" (Dylie/Coop Breizh)

Nos 3 compères qui forment le trio E.D.F, à savoir Patrick Ewen, Gérard Delahaye et Mélaine Favennec nous reviennent avec un nouvel album intitulé Tri men. 4 ans après l’album Kan tri qui avait reçu un très bon accueil, nos vieux loups de mer ont gardés le même esprit et nous content leur amour pour la Bretagne et plus particulièrement leur Bretagne, celle de l’après 68, révoltée et festive. Un album plein de souvenirs qui oscille entre nostalgie et humour tout en accordant de la place à des chants engagés comme le magnifique morceau « A la guerre », véritable réquisitoire contre la nature profondément meurtrière de l’Homme. Autre morceau intense, « Lampedusa », qui nous conte avec beaucoup de sensibilité la « misère » des immigrants qui arrivent à Lampedusa. Du côté de la musique, les compositions rendent hommage à la country et au folk à coups de banjo et d’harmonica (« Vieux frère »). Les accords folk de la guitare accompagnent cette fois encore des chansons chantés en anglais (« Identity »), en breton (« Spered an tan ») et en français. Le violon n’est pas oublié pour autant comme sur le dynamique et nostalgique « Les belles années 70 » que l’on aimerait entendre dans un pub. Côté humour, on pourra se délecter du passionnant « Sur le port de Concarneau » qui relate une aventure arrivée à nos compères le 24 février 1973 ou du savoureux « Logonna » où l’auditeur reconnaîtra sans difficulté le titre « woodstockien » « Gloria ». Le trio EDF a le sens de la comptine doublée d’un message pertinent (« Pollution Solution »). Au final, Ewen Delahaye Favennec délivre une musique sur laquelle plane la joie de vivre et une certaine fraîcheur. Une musique jouée par des musiciens hors pairs qui nous livrent leur conception de la liberté, de l’aventure, de la vie et de la Bretagne. Un album magnifique tant l’alchimie entre les 3 compères atteint des sommets.

lundi 5 novembre 2007

Le prochain album de Mike Oldfield.

Musics of the spheres est le titre du prochain album (très attendu) de Mike Oldfield. Certes, la pochette est assez laide (comme souvent chez Mike Oldfield mais l'important est ce qu'elle contient) et les derniers albums de Mike était assez décevant mais comme le multi instrumentiste a affirmé vouloir revenir avec cet album à un son plus complexe proche de ses albums du début, on est en droit d'espérer.
Réponse le 21 janvier 2008 chez Mercury records.
Pour en savoir plus sur cet album ou sur Mike Oldfield en général, je vous conseille ce blog d'un fan très bien fait:
Sinon, le site officiel (pas très à jour) se trouve à cette adresse :

Yearning "Merging Into Landscapes" (Holy records)

Yearning est un groupe finlandais qui œuvre dans le registre du doom orchestral metal. Merging Into Landscapes constitue leur cinquième opus et sort 10 ans après leur premier album With tragedies adorned. Yearning reste obsédé par les thèmes sombres et la mélancolie et compose un son unique en soutien à un nihilisme exacerbé. Dès l’introduction en latin, on comprend que la joie de vivre ne sera pas le thème de l’album. En effet, dans un style très « ambient », « Nascentes morimur » nous raconte qu’au moment où nous naissons, nous commençons à mourir. La conclusion de cet album « Nemo Ante Mortem Beatus » développe la même philosophie, personne n’est heureux avant sa propre mort. L’auditeur est donc prévu, Juhani Palomäki a une vision de la vie quasiment similaire à la tradition Cathare, l’enfer est sur Terre et seul la mort peut délivrer l’Homme de ses souffrances. Parmi les thèmes ainsi abordés dans cet album, on retrouvera les amours impossibles, les addictions notamment envers l’alcool dont souffre Juhani, la nécrophilie et le dégoût de la vie en général. On trouvera même un très beau poème en finnois « Datura Stramonium ». Concernant, la musique, le métal est magnifiée par l’utilisation des claviers qui viennent soutenir le chant sombre et funéraire de Juhani. Les meilleures lignes de chant sont accomplies lorsque la voix féminine de Tina Sitomaniemi vient soutenir la voix de Juhani créant ainsi une dualité de toute beauté. La meilleure réussite étant le long morceau « Kaleidoscopic Inscape », puissant et mélancolique à la fois. Les parties orchestrales viennent rivaliser avec les parties métals pour un enchevêtrement musical qui ne laissera pas l’auditeur insensible. L’autre grande réussite de l’album s’incarne dans le morceau « Return » où la musique se fait quasi psychédélique pendant que le chant de Juhani prend toute sa mesure tant sa tristesse et sa mélancolie saisit l’âme de l’auditeur. Merging Into Landscapes s’avère être une réussite, une plongée lente et funéraire vers la mort, une mort qui s’exerce quelque part dans l’hiver glaciale de Finlande avec Yearning pour maître de cérémonie.

High Tone "Underground wobble"(Jarring Effects)

Underground wobble (Oscillations souterraines en français) est le cinquième album du quintet lyonnais High Tone. Il faut ajouter à cette discographie, les nombreuses collaborations du groupe avec d’autres artistes tels que Kaly live dub, Wang Leï ou encore Zenzile. Sur Underground wobble, le groupe lyonnais continue, avec une bonne base de « Digidub », d’explorer de nombreux univers musicaux. La force de High Tone reposant sur cette recherche d’abstraction, sorte de graal musical diffusant des effluves d’onirisme. Ce nouvel album comprend 15 morceaux, ce qui est beaucoup et constitue 80 minutes de musique. Pris dans sa globalité, l’album dégage une unité et un ensemble cohérent. Pourtant, chaque morceau dégage une émotion et une sensibilité particulière, que ce soit la mélancolie de « Glowing fire », l’exotisme oriental de « Day break leaving » ou les accents très western de « Do not panic » où l’ombre de Ennio Morricone plane. L’architecture sonore de High Tone utilise à profusion les scratchs et les samples de dialogues de films. Une architecture savamment pensée sur laquelle vient se greffer de nombreuses improvisations afin de donner cette impression de chaos musical entêtant « Freakency ». High Tone, continue d’étonner et de détonner, parvenant en permanence à se renouveler sans trahir sa vision de la musique.

Elend "A world in their screams" (Holy records)

Elend est un duo franco-autrichien fondé en 1993 par Iskandar Hasnawi et Renaud Tschirner. Au fil de leurs carrières, de nombreux membres sont venus se greffer à ce groupe unique. Elend délivre une musique orchestrale puissante et dark qui surprend par son aspect grandiose sans tomber dans le grandiloquent. Après avoir consacré un cycle de 4 albums à l’Office des Ténèbres, Elend voulait consacrer 5 albums à son nouveau cycle : Le cycle des vents. Finalement, A world in theirs screams est le troisième et dernier album de ce cycle puisqu’il le clôture. Une narration en français, sombre, ténébreuse et élégante a été choisie. L’écriture est de nouveau tourmentée et nihiliste. On pensera parfois à l’univers Lovecraftien dans sa description de « l’autre monde » mais c’est surtout aux enfers de la mythologie grecque que les références sont les plus nombreuses. On trouvera notamment plusieurs passages de l’album chantés en grec ancien dont le premier morceau « Ophis Puthôn » qui nous plonge dans l’abîme du temps. Lors de cette descente aux enfers, on peut imaginer ce que fut l’épreuve de nos prédécesseurs, Orphée ou Héraclès, pour rejoindre le royaume d’Hadès et de son épouse Perséphone. Une ambiance poisseuse et oppressante nous guide jusqu’à Charon où le vieillard nous fera traverser le Styx à l’aide de sa barque. Des sons venues d’ailleurs tour à tour, expérimentaux, évanescents ou apocalyptiques grâce aux cordes stridentes ou aux percussions martiales suffisent à renforcer ce caractère de malaise. « Malheur aux hommes de bien car ils seront les esclaves d’esclaves » ou « Je fis offrande à Perséphone de cette veine pleine d’un sang si noble » sonnent comme des échos sans retour d’un monde où la fin des temps est proche. Borée, le vent du nord dans la mythologie grecque, dans le morceau éponyme connaîtra son heure de gloire, la musique devient puissante et les multiples cries suffisent à effrayer les survivants. Le souffle glacial du nord suffit à répandre le chaos.
En 11 titres, Elend anoblit le règne de l’obscurité, personne ne pourra survivre à cette apocalypse « Userpens ». Elend délivre une musique unique, qui avec des instruments classiques, va bien plus loin dans l’exploration des ténèbres que de nombreux groupes de métals qui vont dans ce sens. Amateurs de musiques sombres et d’orchestrations puissantes, vous ne pouvez pas passer à côté de ce A world in theirs screams.