jeudi 20 novembre 2008

Von Magnet "Ni prédateur ni proie" (Jarring Effects)

Von Magnet est un collectif français qui sort avec Ni prédateur ni proie son onzième album. Déjà 23 ans que ce collectif multi disciplinaire brave les frontières pour développer une philosophie musicale hautement réfléchie et quasi mystique. Ce nouvel album est l’occasion d’une plongé en terre palestinienne pour délivrer un message de paix et de fraternité, illustré par une pochette magnifique où une main peinte en noir serre une main blanche mais aussi par un titre Ni prédateur ni proie qui cristallise les rêves d’un peuple.
Longtemps étiqueté « electro-flamenco », force est de constater que le groupe s’est éloigné du flamenco pour des sonorités du Moyen-Orient prises dans l’étau entre tradition arabe et tradition hébraïque. Par ce parallèle entre électro et musique orientale, on pourrait voir surgir la filiation avec les nantais de Orange Blossom mais la comparaison s’arrête là. Von Magnet est un groupe plus hétéroclite orchestrant de savants grands écarts entre plusieurs sources d’inspirations. De plus, leur musique vire parfois à l’expérimental quand le groupe n’hésite pas à produire un titre quasi-silencieux (« Bare hands ») ou des morceaux abstraits (« Splinter of glass »). Von Magnet évolue dans un univers polyglotte, entrecoupé de nombreux dialogues cinématographiques. Les quelques phrases compréhensibles sont plutôt troublantes (« Mon corps tressaille, c’est mon âme qui jouit » dans « Growing vs. Fading »).
Mais au milieu de ce chaos post industriel avec ses envolées musicales angoissantes surgit comme un rayon de lumière la chaleur de la musique orientale majestueusement mise en valeur par ses percussions (« Mostar angels »). Sûrement déroutant, il faudra peut-être plusieurs écoutes à l’auditeur pour apprécier ce nouvel opus de Von Magnet.
Il y a de la folie et du rêve chez ce groupe, une folie saine mais néanmoins tourmentée qui guidera l’auditeur dans les méandres de terres orientales non apprivoisées.
Gwilbreuf, Novembre 2008

jeudi 6 novembre 2008

Loreena McKennitt "A Midwinter Night's Dream" (Quinland Road/Keltia Musique)

Peut-être que son mini cd A winter garden : five songs for the season lui avait laissé un goût inachevé, toujours est-il que Loreena McKennitt a décidé de repartir de ces 5 titres pour son nouvel album A Midwinter Night’s dream. L’artiste canadienne interprète 8 nouveaux morceaux pour compléter son ode à la saison hivernale, ce qui porte le nombre total de titres à 13 (élémentaire).
Après les ambiances chaleureuses de Ancient Muse et des précédents albums qui célébraient les périples des celtes en Asie mineure et orientale, Loreena McKennitt revient ici à une tradition très anglo-saxonne avec cet album célébrant Noël et la saison hivernale. A ce titre, l’illustration de la pochette, par ses tons, s’inscrit elle aussi dans l’imagerie anglo-saxonne.
Parmi les 5 titres déjà connus, nous soulignerons le fabuleux « God Rest Ye Merry, Gentlemen » dans une extraordinaire version (Abdelli version) aux touches orientales de 7 minutes 20, un régal. Pour le reste, A Midwinter Night’s Dream s’aventure sur quelques sentiers nouveaux. Loreena délaisse un temps la langue de Shakespeare avec un chant en latin (« Emmanuel ») et surtout un texte chanté en ancien français de toute beauté (« Noël Nouvelet »). Un titre très médiéval qui conjugue l’imaginaire du noël moyenâgeux et le style de Loreena. Quelques instrumentaux viendront aussi accompagner les fêtes de fin d’année. C’est le cas de« The holly & the ivy », un morceau traditionnel qui n’est pas sans évoquer le folklore du centre de la France. Un titre qui dénote un peu au milieu de cet album. « Breton Carol » est un joli instrumental, un peu mélancolique qui tranche franchement avec le titre « Gloucestershire Wassail » sorte de stéréotype du chant de noël, un chant plein d’allégresse et de communion.
Il se dégage de cet album une vraie féerie de noël et l’on aimerait l’écouter au coin du feu près d’un immense sapin en regardant par la fenêtre la bise hivernale envelopper les enfants qui jouent avec les premières neiges. Enfin, tout ceci reste bien sûr propre à l’imaginaire qui flotte autour de Noël puisque hormis certaines zones montagneuses, il ne neige que très rarement durant cette période.
Après le long mutisme qui s’est opéré entre 1999 et 2006, Loreena McKennitt est bien de retour et en deux albums et un live elle a pu démontrer que son talent n’avait pas pris une ride et A Midwinter Night’s Dream n’est qu’un disque de plus parmi l’excellente discographie de l’artiste canadienne. Enfin, même si cela vous parait encore très loin, il est quand même difficile de ne pas finir cette chronique par un : « Merry Christmas and Happy New Year / Nedeleg Laouenn ha Bloavezh Mat ».
Gwilbreuf, Novembre 2008

lundi 3 novembre 2008

Cécile Corbel "SongBook vol.2" (Bran music/Keltia musique)

Cécile Corbel nous ouvre son deuxième carnet de chansons avec Songbook vol.2. Un album dans la continuité du premier, l’effet de surprise en moins, mais le style de la harpiste bretonne est toujours merveilleux. L’univers de Cécile Corbel se complait dans le monde des contes et légendes et plonge l’auditeur dans des histoires de chevaliers, de pirates, de demoiselles amoureuses et d’animaux qui parlent. Des histoires parfois simples et infantiles mais qui font le bonheur de nos âmes rêveuses (« Sweet song »). L’ambiance n’est pas sans rappelé les fêtes de fin d’année (« Corpu Christi Carol ») et la douce voix de Cécile parviendra à réchauffer plus d’une chaumière. Songbook vol.2 est un subtil mélange de musiques et textes traditionnels avec des compositions originales. On retrouvera la magie des notes pop celtiques (« En la mar ») de Cécile Corbel dans un album chanté en français, anglais, séfarade et gaélique. Un univers celtique sans frontière qui s’affirmera encore un peu plus avec le sublime instrumental « Innocence » et ses sonorités orientales. Présent aussi sur ce disque le très joli « Sans faire un bruit » que nous avions pu découvrir sur la compilation de La nuit des fées paru chez Prikosnovénie.
En plus des classiques harpe, guitare, violon, Cécile Corbel s’ouvre sur ce disque à d’autres instruments tels que le piano (« Painted Veil ») ou la cornemuse (« The great Selkie »).
On regrettera seulement que le duo avec Jimme O’Neill soit un peu niaiseux (« Lover’s farewell »), on imagine aisément nos deux artistes chanter cette ballade sur un tapis volant en parcourant les mondes enchantés décrits par l’album. Après tout, la facilité ne fait jamais de mal.
Reste que Cécile Corbel négocie parfaitement le virage du deuxième album avec la création d’un univers voire d’une musique qui lui est propre. Son style s’affirmant de la plus belle des manières, on attend désormais avec impatience de la voir dans le rôle de Anne de Bretagne dans la nouvelle saga de Alan Simon, un disque qui devrait sortir en décembre.
Gwilbreuf, Novembre 2008

http://www.myspace.com/cecilecorbel

Sortie Nationale le 17 Novembre 2008


dimanche 5 octobre 2008

Compte rendu de "La nuit des fées 2008"


Bis repetita placent !! Après le succès de la première édition, les fées de prikosnovénie conviaient une nouvelle fois le petit peuple à Clisson la magnifique. Pour cette deuxième édition, plusieurs nouveautés firent leur apparition avec notamment une soirée dès le vendredi soir, la Electro Fairy Night et moult activités et animations dans la journée du samedi. N’étant arrivée sur les lieux qu’à 18h, je me contenterais de conter ici les concerts du samedi.

Le public était encore plus nombreux pour cette nouvelle édition avec toujours ce melting-pot prikosnovénien composé de gothiques (un peu moins que l’année dernière), de personnes déguisées (un peu plus que l’année dernière), d’enfants (autant que l’année dernière) et de plein de gens comme vous et moi (car oui je ne suis ni gothique, ni déguisé, ni enfant mais promis pour l’année prochaine je m’intégrerais à une de ces catégories).

Après OnzeH30 l’an passé, ce fut de nouveau un groupe français, découverte du label, qui eut l’honneur d’ouvrir la soirée, à savoir Antrabata. Un groupe parisien jouant un trip hop délicieusement sucré aux sonorités indiennes. Je n’ai pu écouter que deux titres de Antrabata car dès 18h30 le premier évènement de la soirée se profilait à l’horizon, il s’agissait du concert de Luigi Rubino à la chapelle Saint-Jacques, un lieu qui se prête à merveille à ce genre de musiques tant l’acoustique et l’intimité atteignent le niveau recherché.
Par contre, il faut bien avouer que l’excitation générée par ce concert du pianiste de Ashram ne fut pas à la hauteur de la prestation. Certes, les mélodies jouées étaient splendides mais il manquait une petite étincelle, quelques envolées musicales pour basculer dans la communion. Qu’importe, Luigi Rubino reste un pianiste d’exception et on attend avec grande impatience son album solo. L’artiste napolitain céda ensuite sa place au groupe Crista Galli. Là, ce fut l’inverse qui se produisit car leur album Matrice d’eau m’avait laissé un goût redondant et monotone et pourtant sur scène le groupe m’a particulièrement séduit. La diversité des instruments, l’apport du violoncelle et les deux voix sublimes du duo français ont largement contribué à faire de ce concert une réussite.


20H, toujours pas le temps d’aller manger la désormais fameuse assiette elfique puisque le trio napolitain Ashram s’apprêtait à envahir les halles de ses compostions romantiques mélancoliques. La prestation du groupe fut excellente mais on put mesurer à cette occasion qu’un concert dans la chapelle reste d’une autre facture. Le concert de l’année dernière à l’espace Saint-Jacques de ces mêmes napolitains reste une prestation absolue, un concert merveilleux et époustouflant de virtuosité, gravé à jamais dans la mémoire des chanceux présents ce soir-là.

Après Ashram, un court répit nous était offert avant le deuxième évènement de la soirée, celui qui à lui seul justifiait la venue à la nuit des fées, à savoir le concert du groupe bulgare Irfan. Tout juste le temps de déguster l’assiette elfique, ce succulent met bio et végétarien composé de riz complet, d’un curry de légumes, de lentilles corail et d’un sauté de carottes avec tomates fraîches. Quand les fées et les elfes se donnent la main pour mijoter de bons petits plats, c’est un délice pour nos papilles.







Mais l’heure tant attendue arrive et les membres de Irfan entrent en piste. Les cœurs palpitent, le temps s’arrête et le silence se fait religieux (sauf chez les quelques enfants qui prennent un malin plaisir à faire un vacarme assourdissant sur les jeux d’un stand un peu trop proche du public à mon goût). Mais la magie était bien présente, en tant qu’admirateur inconditionnel (j’espère que je n’en fais pas trop) de la musique de Irfan, je fus comblé. Le mysticisme des voix bulgares, l’exotisme de la musique orientale, la profondeur de la musique sacrée orthodoxe, tous les éléments du voyage mental vers les rives de la mer noire étaient réunis.

Après cette véritable claque musicale, il ne me restait plus qu’à transporter mes jambes tremblantes une dernière fois dans l’obscurité jusqu’à la Chapelle Saint-Jacques pour le dernier groupe de la soirée, Les fragments de la nuit. Une formation française regroupant un quatuor à cordes accompagné d’un piano. Leur premier album Musique du crépuscule paru chez Equilibrium music m’avait particulièrement plu et leur prestation scénique fut du même calibre. Cette musique à écouter les yeux fermés étire les voiles de la nuit pour vous emmener dans un monde onirique crépusculaire à la poursuite de l’ineffable.
Voilà, avec les derniers coups de violons, c’est tout un peuple (le petit) qui quitte Clisson la tête mais surtout les oreilles pleines de souvenirs. Après la réussite de cette édition, nous espérons que non seulement Prikosnovénie pourra rééditer son festival dès l’année prochaine mais qu’il pourra investir le château de Clisson pour accueillir un public toujours plus nombreux.
Gwilbreuf
Remerciements : A Prikosnovénie et Arnö Pellerin, à Khimaira magazine, aux artistes présents à la Nuit des fées et à toutes les personnes mobilisées pour faire de ce festival un évènement incontournable.

Rajna "Duality" (Holy records)

Déjà le septième album pour le duo français de Rajna qui continue sa discographie irréprochable avec Duality. Une nouvelle étape a été franchie depuis Otherwise, les sonorités ethniques allant toujours plus loin vers une quête insatiable de la perfection. De plus, on pourra apprécier l’effort effectué pour que qualité rime avec quantité puisque avec 16 titres, Duality propose 60 minutes de musique. La voix de Jeanne est toujours aussi sublime et ose la comparaison avec celle de Lisa Gerrard (« Lamentation »). Une voix telle une perle fragile que l’on veut protéger et qui personnifie la grâce (« Pearl into the ocean »). Rajna nous a tellement habitué à chanter en anglais que le morceau « Le toit du monde » pourrait presque passer pour une curiosité. Les instruments ethniques obtiennent une place d’honneur au milieu de ce florilège musical et de « Towards of the universe » à « Kaloum » en passant par « Omajna » les délicieuses saveurs orientales exaltent l’harmonie recherchée par le groupe. Mais l’instrumentation de Rajna sait aussi se faire subtil voir quasi-silencieuse (« I used to pray »). Enfin, soulignons « We are the echoes » et son bonus track « The echoes », deux vibrants morceaux sublimes mais très mélancoliques.

dimanche 20 juillet 2008

Les fragments de la nuit "Musique du crépuscule" (Equilibrium music)

Sorti sur le label portugais Equilibrium music, c’est bien un groupe français qui se cache derrière le nom Les fragments de la nuit. Une jeune formation crée en 2005 qui décida de s’adapter à la scène après le succès rencontré par ses compositions dans l’univers de la musique pour films. Un quintet composé de 3 violons, d’un violoncelle et d’un piano dont le premier album s’intitule Musique du crépuscule.
Les fragments de la nuit. Musique du crépuscule. On sent déjà au sein de cette formation un certain goût pour l’obscurité et pour un romantisme qui s’exprime à travers la magnifique pochette. Et si le groupe décide de ne pas mettre de « s » à musique c’est bien parce que sa musique s’apprécie comme un bloc incassable qui court inlassablement sur les courbes fatiguées de la lune arrondie.
Et avec cette nuit qui apparaît timidement, c’est les fées qui s’éveillent de leurs sommeils (« Eveil des fées »), des fées ténébreuses vivants la nuit qui reviendront plusieurs fois profiter de l’obscurité pour hanter notre sommeil (« La ronde des fées », « La chambre des fées »).
Gardant en tête sa devise « Notre musique est une poésie où les mots sont des notes, un souvenir où l’image est un rêve », le groupe n’hésite pas à imprégner de poésie les titres de ses morceaux. Une musique entêtante et répétitive (« Entre ciel et fer ») qui déverse une volupté oppressante. On songe parfois au compositeur préféré de Hitchcock, Bernard Hermann, pour les ambiances stressantes, à la bande originale de Requiem for a dream du Kronos quartet pour la dimension abyssale de l’oeuvre et à l’éphémère groupe Cherche Lune pour la féerie dansante des ambiances néoclassiques.
Les cordes pleurent les débris d’un monde dévasté par le chaos (« Devenons demain ») tandis qu’un piano solitaire égrène sa solitude (« Solitude »). Mélancolique à souhait, le groupe laisse peu de place au manichéisme, le soleil étant lui-même présenté comme un ennemi dont l’énergie dégage un vacarme assombrissant (« Solarisation »). Le soleil est intrinsèquement noir et ne peut lutter dans l’Ether contre la pureté de la lune (« Soleils noirs pour lune blanche »). Un titre que le groupe rejoue quelques plages plus loin de manière magistrale façon tango. Musique du crépuscule se joue de nos sens et diffuse une musique touchante qui replace le crépuscule au firmament de nos émotions.
Une formation brillante que nous aurons le plaisir d’écouter lors de La nuit des fées à Clisson le samedi 27 septembre 2008.
Gwilbreuf, Juillet 2008

Interview de Dieren Dara

Interview réalisé pour le site http://www.khimaira-magazine.com
Dieren Dara est le fruit d’une initiative de Joane Calice (auteure et interprète de l’album) à laquelle s’est jointe Isabelle Lemauff (compositrice de la majorité des morceaux, arrangeur, réalisateur). Un premier album réussi en forme de conte musical nommé Les fableries nous a donné envie d’en savoir plus. Pour cela, nous avons interrogé Joane (et sa complice Isabelle) pour comprendre la genèse du projet et son amour pour les contes.

Khimaira : Alors Joane, où sont passées les légendes oubliées ?

Joane Calice : « Légendes oubliées » est la chanson d’introduction de l’album. C’est un morceau qui fait appel au rêve et à l’imaginaire : n’oublions pas les vieilles légendes. Emerveillons-nous, rêvons, rêvez… bienvenue dans les Fableries. Après ce morceau, l’histoire commence. On entre dans un univers fantastique. La musique prend des aspects de musiques de film. Le morceau « Légendes oubliées » annonce un conte moderne. Où sont passées les légendes ? Pas bien loin. Elles sont toujours là et alimentent les contes modernes.

K : Peux tu te présenter et nous conter ton parcours ?

J.C : Pour faire simple, j’ai fait partie de divers groupes de rock à partir du collège jusqu’à la fac, puis il y a eu LA rencontre. Celle qui chamboule un parcours, une vie. J’ai rencontré Mickey Finn, qui participe d’ailleurs à l’album. Nous avons formé un duo (www.myspace.com/mickeyfinnetjoacoustique ) puis des batteurs nous ont rejoints. Je me suis mise à la basse. Du rock, du blues, des enregistrements, la route et les concerts…puis vint l’envie de faire quelque chose d’un peu différent. Quand j’écoutais la radio, j’étais un peu déçue d’entendre beaucoup de chansons françaises parler du quotidien. Je trouvais ça ennuyeux. J’ai eu envie de fantaisie, de folie, de raconter des trucs incroyables. Je me suis mise à écrire les Fableries.


K : Le marché du conte musical est peu développé ou alors il s’adresse aux enfants, à qui sont destinées les Fableries ?

J.C : Les Fableries ne sont pas destinées qu’aux enfants. Les enfants peuvent être attirés par l’univers fantastique du conte, et les adultes par les allégories qu’il représente. L’originalité des Fableries est que la musique n’est pas une simple comptine qui exclurait, dans ce cas, les adultes. Certes, quelques morceaux sont innocents ou espiègles (Belzébuth et la Lady), mais d’autres sont carrément psyché (Le Monstre à quatre Têtes), rock (Loup y es-tu ?), électro (la reine des neiges), nostalgiques et poétiques (le Vampire). En tout cas, si cet album peut s’adresser aux enfants, il ne les prend pas pour des « neuneus ».

K : Que signifie Dieren Dara et pourquoi ce nom ?

J.C : Les Fableries résultent de l’alchimie d’une rencontre : celle d’une compositrice (Isabelle Lemauff) et d’une parolière (moi-même). Notre collaboration a été extraordinaire et étonnante, chacune permettant à l'autre de s'exprimer parfaitement sans se sentir aliénée ou frustrée dans sa propre création. L’univers est donc vraiment né de nous 2. Puis une troisième personne est venue embellir et enrichir cet univers : Mélie Jouassin, illustratrice.

Isabelle Lemauff : D’une chanson créée il y a quelques années en deuil de paroles et dont le refrain était en "Yaourt" : Dieren Dara, Dieren Dara, Dieren Dara... Il parait que "Dieren" veut dire "Bête" en hollandais et que "Dara" ne veut rien dire du tout (en hollandais toujours!).

K : Quelles places occupent les contes et légendes dans ta vie et est ce que ton enfance fut marquée par ces histoires ?

J.C
: En effet, mon enfance a été bercée par des histoires. Pendant les vacances surtout, tout le monde me racontait une petite histoire avant de dormir. Ma mère, ma grand-mère qui me lisait des livres (et me faisait toujours lire quelques lignes pour « m’entraîner »). Venait ensuite le tour de mon grand-père qui lui, inventait. Son personnage préféré était le « cochon de Monsieur Champarnot » (notre voisin agriculteur, qui avait 2 ou 3 cochons). Il essayait toujours de s’enfuir, ce cochon. Puis venait le tour de mon père. Là, l’histoire était toujours la même : « Un jour, c’était la nuit, et c’est fini ! »
Maintenant, j’ai grandi et je ne m’accroche pas corps et âme à l’envie de voir des lutins dans la forêt (il y a tellement de belles choses dans une forêt, je ne suis pas frustrée !) Je ne me déguise pas en fée. Je ne crois pas que je suis un elfe ou je ne sais quoi. Mais j’ai toujours une certaine tendresse pour les histoires. Je me suis éclatée à raconter toutes ces Fableries, c’était très excitant.


K : Quel est ou quelles sont tes contes et légendes préférées ?

J.C : Contes, légendes, histoires, fables. On y perd son latin. Mon histoire préférée, c’est celle de « Pépin-sur-pattes », de Simone Ratel. C’est une histoire que me lisait ma grand-mère justement. Un p’tit pépin qui veut sortir de son orange pour découvrir le monde. Tant et si bien que des pattes lui poussent. J’adore.
Mon conte préféré est la Reine des Neiges d’Hans Christian Andersen. Une chanson lui est dédiée dans Les Fableries. Cette Reine, chacun la voit comme il veut. Elle peut incarner toute chose qui emmène ceux qu’on aime dans des contrées inconnues où ils se retrouvent éperdument seuls (la drogue, la dépression…).



K : Quelles furent vos sources d’inspiration tant narrativement que musicalement pour les fableries de Dieren Dara ?

J.C : Tout ce qui m’entoure, m’amuse ou me turlupine. « Les Fous », par exemple, est une chanson sur l’exclusion, ceux dont on détourne le regard parce qu’ils sont un peu bizarres. Moi, je suis entourée de gens un peu bizarres, et je n’aime pas qu’on les regarde bizarrement. Je trouve ça bizarre.

Isabelle Lemauff : En ce qui me concerne, je suis partie des histoires fantastiques de Joane bien sûr mais aussi de ce qu'elle avait envie que l'on entende et que l'on perçoive de ses contes, à savoir un univers pas trop infantilisé et un rendu pas trop aseptisé. Ce qui m'a permis d'aller visiter les contrées pop, ou à tendance rock et même flirter avec le "psyché" sans trop me poser de questions. C'est ainsi que les différentes plages musicales et chansons sont parsemées d'ambiances étranges et lourdes parfois mais aussi légères et douces qui au final sied parfaitement à la voix de Joane, en même temps tendre et innocente et rauque et rock...Les inspirations sont multiples et diverses et alternent entre variété et musique de film avec tous ce que le monde de la musique a pu nous offrir jusqu'à maintenant. Une très grande admiration pour Michel Legrand et pour Ennio Morricone en tant que compositeurs et arrangeurs et Gainsbourg, Kate bush, Samson, Mathieu Boogaert et tant d'autres... tous ces artistes qui mêlent étroitement texte, musique, mélodie et arrangement pour un finish très homogène et très personnel et pour cause.

Propos recueillis par Guillaume L'henaff


Le site de Dieren Dara : http://dierendara.free.fr/cariboost1/