dimanche 20 juillet 2008

Les fragments de la nuit "Musique du crépuscule" (Equilibrium music)

Sorti sur le label portugais Equilibrium music, c’est bien un groupe français qui se cache derrière le nom Les fragments de la nuit. Une jeune formation crée en 2005 qui décida de s’adapter à la scène après le succès rencontré par ses compositions dans l’univers de la musique pour films. Un quintet composé de 3 violons, d’un violoncelle et d’un piano dont le premier album s’intitule Musique du crépuscule.
Les fragments de la nuit. Musique du crépuscule. On sent déjà au sein de cette formation un certain goût pour l’obscurité et pour un romantisme qui s’exprime à travers la magnifique pochette. Et si le groupe décide de ne pas mettre de « s » à musique c’est bien parce que sa musique s’apprécie comme un bloc incassable qui court inlassablement sur les courbes fatiguées de la lune arrondie.
Et avec cette nuit qui apparaît timidement, c’est les fées qui s’éveillent de leurs sommeils (« Eveil des fées »), des fées ténébreuses vivants la nuit qui reviendront plusieurs fois profiter de l’obscurité pour hanter notre sommeil (« La ronde des fées », « La chambre des fées »).
Gardant en tête sa devise « Notre musique est une poésie où les mots sont des notes, un souvenir où l’image est un rêve », le groupe n’hésite pas à imprégner de poésie les titres de ses morceaux. Une musique entêtante et répétitive (« Entre ciel et fer ») qui déverse une volupté oppressante. On songe parfois au compositeur préféré de Hitchcock, Bernard Hermann, pour les ambiances stressantes, à la bande originale de Requiem for a dream du Kronos quartet pour la dimension abyssale de l’oeuvre et à l’éphémère groupe Cherche Lune pour la féerie dansante des ambiances néoclassiques.
Les cordes pleurent les débris d’un monde dévasté par le chaos (« Devenons demain ») tandis qu’un piano solitaire égrène sa solitude (« Solitude »). Mélancolique à souhait, le groupe laisse peu de place au manichéisme, le soleil étant lui-même présenté comme un ennemi dont l’énergie dégage un vacarme assombrissant (« Solarisation »). Le soleil est intrinsèquement noir et ne peut lutter dans l’Ether contre la pureté de la lune (« Soleils noirs pour lune blanche »). Un titre que le groupe rejoue quelques plages plus loin de manière magistrale façon tango. Musique du crépuscule se joue de nos sens et diffuse une musique touchante qui replace le crépuscule au firmament de nos émotions.
Une formation brillante que nous aurons le plaisir d’écouter lors de La nuit des fées à Clisson le samedi 27 septembre 2008.
Gwilbreuf, Juillet 2008

Interview de Dieren Dara

Interview réalisé pour le site http://www.khimaira-magazine.com
Dieren Dara est le fruit d’une initiative de Joane Calice (auteure et interprète de l’album) à laquelle s’est jointe Isabelle Lemauff (compositrice de la majorité des morceaux, arrangeur, réalisateur). Un premier album réussi en forme de conte musical nommé Les fableries nous a donné envie d’en savoir plus. Pour cela, nous avons interrogé Joane (et sa complice Isabelle) pour comprendre la genèse du projet et son amour pour les contes.

Khimaira : Alors Joane, où sont passées les légendes oubliées ?

Joane Calice : « Légendes oubliées » est la chanson d’introduction de l’album. C’est un morceau qui fait appel au rêve et à l’imaginaire : n’oublions pas les vieilles légendes. Emerveillons-nous, rêvons, rêvez… bienvenue dans les Fableries. Après ce morceau, l’histoire commence. On entre dans un univers fantastique. La musique prend des aspects de musiques de film. Le morceau « Légendes oubliées » annonce un conte moderne. Où sont passées les légendes ? Pas bien loin. Elles sont toujours là et alimentent les contes modernes.

K : Peux tu te présenter et nous conter ton parcours ?

J.C : Pour faire simple, j’ai fait partie de divers groupes de rock à partir du collège jusqu’à la fac, puis il y a eu LA rencontre. Celle qui chamboule un parcours, une vie. J’ai rencontré Mickey Finn, qui participe d’ailleurs à l’album. Nous avons formé un duo (www.myspace.com/mickeyfinnetjoacoustique ) puis des batteurs nous ont rejoints. Je me suis mise à la basse. Du rock, du blues, des enregistrements, la route et les concerts…puis vint l’envie de faire quelque chose d’un peu différent. Quand j’écoutais la radio, j’étais un peu déçue d’entendre beaucoup de chansons françaises parler du quotidien. Je trouvais ça ennuyeux. J’ai eu envie de fantaisie, de folie, de raconter des trucs incroyables. Je me suis mise à écrire les Fableries.


K : Le marché du conte musical est peu développé ou alors il s’adresse aux enfants, à qui sont destinées les Fableries ?

J.C : Les Fableries ne sont pas destinées qu’aux enfants. Les enfants peuvent être attirés par l’univers fantastique du conte, et les adultes par les allégories qu’il représente. L’originalité des Fableries est que la musique n’est pas une simple comptine qui exclurait, dans ce cas, les adultes. Certes, quelques morceaux sont innocents ou espiègles (Belzébuth et la Lady), mais d’autres sont carrément psyché (Le Monstre à quatre Têtes), rock (Loup y es-tu ?), électro (la reine des neiges), nostalgiques et poétiques (le Vampire). En tout cas, si cet album peut s’adresser aux enfants, il ne les prend pas pour des « neuneus ».

K : Que signifie Dieren Dara et pourquoi ce nom ?

J.C : Les Fableries résultent de l’alchimie d’une rencontre : celle d’une compositrice (Isabelle Lemauff) et d’une parolière (moi-même). Notre collaboration a été extraordinaire et étonnante, chacune permettant à l'autre de s'exprimer parfaitement sans se sentir aliénée ou frustrée dans sa propre création. L’univers est donc vraiment né de nous 2. Puis une troisième personne est venue embellir et enrichir cet univers : Mélie Jouassin, illustratrice.

Isabelle Lemauff : D’une chanson créée il y a quelques années en deuil de paroles et dont le refrain était en "Yaourt" : Dieren Dara, Dieren Dara, Dieren Dara... Il parait que "Dieren" veut dire "Bête" en hollandais et que "Dara" ne veut rien dire du tout (en hollandais toujours!).

K : Quelles places occupent les contes et légendes dans ta vie et est ce que ton enfance fut marquée par ces histoires ?

J.C
: En effet, mon enfance a été bercée par des histoires. Pendant les vacances surtout, tout le monde me racontait une petite histoire avant de dormir. Ma mère, ma grand-mère qui me lisait des livres (et me faisait toujours lire quelques lignes pour « m’entraîner »). Venait ensuite le tour de mon grand-père qui lui, inventait. Son personnage préféré était le « cochon de Monsieur Champarnot » (notre voisin agriculteur, qui avait 2 ou 3 cochons). Il essayait toujours de s’enfuir, ce cochon. Puis venait le tour de mon père. Là, l’histoire était toujours la même : « Un jour, c’était la nuit, et c’est fini ! »
Maintenant, j’ai grandi et je ne m’accroche pas corps et âme à l’envie de voir des lutins dans la forêt (il y a tellement de belles choses dans une forêt, je ne suis pas frustrée !) Je ne me déguise pas en fée. Je ne crois pas que je suis un elfe ou je ne sais quoi. Mais j’ai toujours une certaine tendresse pour les histoires. Je me suis éclatée à raconter toutes ces Fableries, c’était très excitant.


K : Quel est ou quelles sont tes contes et légendes préférées ?

J.C : Contes, légendes, histoires, fables. On y perd son latin. Mon histoire préférée, c’est celle de « Pépin-sur-pattes », de Simone Ratel. C’est une histoire que me lisait ma grand-mère justement. Un p’tit pépin qui veut sortir de son orange pour découvrir le monde. Tant et si bien que des pattes lui poussent. J’adore.
Mon conte préféré est la Reine des Neiges d’Hans Christian Andersen. Une chanson lui est dédiée dans Les Fableries. Cette Reine, chacun la voit comme il veut. Elle peut incarner toute chose qui emmène ceux qu’on aime dans des contrées inconnues où ils se retrouvent éperdument seuls (la drogue, la dépression…).



K : Quelles furent vos sources d’inspiration tant narrativement que musicalement pour les fableries de Dieren Dara ?

J.C : Tout ce qui m’entoure, m’amuse ou me turlupine. « Les Fous », par exemple, est une chanson sur l’exclusion, ceux dont on détourne le regard parce qu’ils sont un peu bizarres. Moi, je suis entourée de gens un peu bizarres, et je n’aime pas qu’on les regarde bizarrement. Je trouve ça bizarre.

Isabelle Lemauff : En ce qui me concerne, je suis partie des histoires fantastiques de Joane bien sûr mais aussi de ce qu'elle avait envie que l'on entende et que l'on perçoive de ses contes, à savoir un univers pas trop infantilisé et un rendu pas trop aseptisé. Ce qui m'a permis d'aller visiter les contrées pop, ou à tendance rock et même flirter avec le "psyché" sans trop me poser de questions. C'est ainsi que les différentes plages musicales et chansons sont parsemées d'ambiances étranges et lourdes parfois mais aussi légères et douces qui au final sied parfaitement à la voix de Joane, en même temps tendre et innocente et rauque et rock...Les inspirations sont multiples et diverses et alternent entre variété et musique de film avec tous ce que le monde de la musique a pu nous offrir jusqu'à maintenant. Une très grande admiration pour Michel Legrand et pour Ennio Morricone en tant que compositeurs et arrangeurs et Gainsbourg, Kate bush, Samson, Mathieu Boogaert et tant d'autres... tous ces artistes qui mêlent étroitement texte, musique, mélodie et arrangement pour un finish très homogène et très personnel et pour cause.

Propos recueillis par Guillaume L'henaff


Le site de Dieren Dara : http://dierendara.free.fr/cariboost1/